Vous vous fixez des objectifs en janvier, vous les relisez en décembre, et vous constatez que rien ne permet de dire s'ils ont été atteints. Le défaut vient presque toujours de la formulation : rien, dans l'énoncé, ne disait à quoi on aurait reconnu la réussite.
La méthode OKR traite exactement ça : séparer ce qui motive de ce qui se mesure.
Objectif et résultats clés : deux rôles distincts
Un OKR associe deux énoncés de nature différente.
L'objectif dit où l'on va. Il est qualitatif, ambitieux, formulé pour donner envie. « Faire de notre service client une raison de rester chez nous » est un objectif.
Les résultats clés disent comment on saura qu'on y est. Ils sont chiffrés, vérifiables, sans place pour l'interprétation. « Ramener le délai de première réponse sous deux heures », « atteindre 85 % de satisfaction après résolution ».
Un objectif sans résultats clés est une déclaration d'intention. Des résultats clés sans objectif sont un tableau de bord sans cap.
D'où vient la méthode OKR
Elle descend du management par objectifs théorisé par Peter Drucker au milieu du XXᵉ siècle.
C'est Andy Grove, chez Intel dans les années 1970, qui en fait un système opérationnel en associant à chaque objectif des résultats clés mesurables. Il le documente dans High Output Management, paru en 1983.
La suite tient à une rencontre. En 1975, John Doerr, alors commercial chez Intel, suit un cours donné par Grove. En 1999, devenu investisseur chez Kleiner Perkins, il présente la méthode à Google, alors une jeune entreprise de son portefeuille. L'histoire détaillée est racontée par What Matters, et la fiche Wikipédia de la méthode OKR en donne le résumé factuel.
Tâche ou résultat clé : l'erreur la plus fréquente
Presque tout le monde commence par écrire des tâches déguisées en résultats clés.
| Formulation | Nature |
|---|---|
| Publier douze articles de blog | Une tâche |
| Doubler le trafic organique | Un résultat clé |
| Refaire la page d'accueil | Une tâche |
| Porter le taux de conversion à 4 % | Un résultat clé |
La différence n'est pas cosmétique. Une tâche se coche même si elle n'a servi à rien : les douze articles sont publiés, et le trafic n'a pas bougé. Un résultat clé, lui, ne se coche que si l'effet est là.
Le test est simple. Si vous pouvez atteindre votre résultat clé en travaillant beaucoup sans que rien ne change pour personne, ce n'est pas un résultat clé.
Effet obtenu, pas effort fourni
Si l'énoncé décrit ce que vous allez faire plutôt que ce qui aura changé, réécrivez-le.
Combien d'OKR par trimestre : peu, et courts
Trois règles suffisent.
Un à trois objectifs par trimestre, pas plus. Sept objectifs signifient qu'il n'y a pas de priorité, donc pas d'objectif du tout.
Deux à cinq résultats clés par objectif : en dessous, la mesure est fragile ; au-dessus, vous avez écrit une liste de tâches.
Le trimestre comme horizon, enfin. Assez long pour qu'un effet apparaisse, assez court pour qu'on s'en souvienne. L'objectif annuel se relit en décembre, l'objectif trimestriel se suit.
Des OKR pour un indépendant ou une petite équipe
La méthode est née dans de grandes entreprises, mais elle n'en dépend pas. Un indépendant ou une équipe de trois personnes peut s'en servir, à condition de rester frugal : un objectif, trois résultats clés.
Dans Flots, le support le plus commode est l'étape d'un projet. Un résultat clé devient une étape datée, et les tâches qui y mènent vivent dans le même projet. La chaîne se tient : l'objectif dit pourquoi, l'étape dit à quoi on le mesure, les tâches disent quoi faire cette semaine.
Suivre ses OKR pendant le trimestre
Un OKR posé en début de trimestre et ouvert en fin de trimestre ne sert à rien. La méthode suppose un point régulier.
Un quart d'heure toutes les deux semaines suffit : où en est chaque résultat clé, qu'est-ce qui bloque, faut-il réorienter. Ce rythme se greffe sur une revue hebdomadaire existante.
Et en fin de trimestre, notez honnêtement. Un OKR atteint à 100 % signale souvent un objectif trop prudent ; viser haut et atterrir à 70 % est le fonctionnement attendu, pas un échec.
Pour situer les OKR parmi les autres approches d'organisation, voyez choisir sa méthode de productivité. Et si la notion d'étape de projet vous est encore floue, commencez par découvrir les projets.
Des objectifs, des étapes, des tâches qui suivent.



